mardi 27 février 2007

Observation: D'où vient le concept du groupe Japonais

L'étranger qui se met à étudier la société Japonaise sérieusement tombera inévitablement sur le concept du "groupe" et le rôle primordial qu'il y joue. Au Japon le "Nous" vient avant le "Je". "Les Japonais au Japon" représente évidemment le plus gros groupe de la société Japonaise, suivi ensuite de la région (Kansai, Kanto), de la préfecture, de la ville, du milieu de travail, des amis et de la famille immédiate, dans cet ordre et je pense pas en avoir oublié.

Si vous ne conaissez pas, ben disons rapidement et en vulgarisant beaucoup, que dans cette théorie du groupe le Japonais normal ne doit jamais déranger aucun des groupes auquel il appartient.

J'avais découvert cette vérité bien avant mon arrivée au Japon en Octobre dernier, mais aujourd'hui je voudrais vous expliquer comment le concept du groupe est inculqué à la jeunesse Japonaise, car pendant toutes ces heures passées à enseigner dans le système scolaire publique, j'ai bien entendu ouvert l'oeil!

Aussi, je ne fais que constater. Je ne suis pas entrain de juger quoi que ce soit.

Avant de plonger, ce texte est le fruit d'observations, de réflexions et de réalisations s'étalant sur 4 mois, donc si jamais je sonne ben intelligent, dites-vous qu'il y a eu un exercice intecllectuel non-négligeable derrière ce que je vous présente. Je pense avoir été en mesure d'assembler une grande partie du puzzle.

Ok, on y va.

Au primaire, les élèves restent dans le même groupe pendant les six années et ils gardent le même prof tout au long de leur séjour, donc déjà en partant, s'il y a quelqu'un qui te tape sur les nerfs, ben t'es mieux de t'arranger pour ça fonctionne et six ans avec les même 30 personnes (et souvent juste 15, car les ti-gars se tiennent avec les ti-gars!), ça crée des liens.

Le diner se déroule dans le local de classe, donc encore avec le même groupe. Multipliez ça par 5 jours, par 6 ans et je vous garantis que rendu en sixème année, les classes 6-1, 6-2 et 6-3 peuvent avoir des personalités très différentes. C'est donc dire que chaque classe représente une micro-société et j'ai jamais vu deux enfants de classes différentes être des amis, car l'opportunité d'établir des liens solides n'est tout simplement pas là.

Petit détail, les profs mangent avec les élèves et mangent la même chose. Au Japon, il n'y a pas de "moi j'aime pas ça" ni de "j'amène mon lunch". Tout le monde reçoit le même repas, tout le monde mange la même affaire et tout le monde mange au complet, la seule exception étant le Nattô bien sur, qu'environ 50% des gens mangent, ce qui prouve à quel point ça peut goûter mauvais! Aussi, la comission scolaire AU COMPLET mange la même affaire le même jour, là encore, on maintien l'uniformité dans le groupe.

Un des indices qui m'a mis sur la bonne voie m'a été révélé au début de mon expérience de professeur. Je commençais chaque classe en me présentant et je faisais un petit jeu-quiz durant lequel j'écrivais un chiffre au tableau et je demandais aux enfants de deviner sa signification. À Montréal, je me serais fait avoir dès la deuxième fois, car les élèves se seraient donnés les réponses (Je le sais, car on le faisait au primaire). Je pouvais donc faire la même leçon, sans rien changer au contenu, pas même le timimg des blagues, ou des tours de magie BS que je faisais, les élèves demeurraient toujours aussi étonnés.

Vous voyez donc que dès l'enfance, les Japonais doivent se conformer au groupe auquel ils appartiennent. Vous imaginer que lorsqu'un kid devient le mal-aimé / souffre douleur de quelques élèves, ses journées deviennent rapidement infernales, avec aucune issue, car peut importe ce qui arrive, la masse critique du groupe, ce qu'on pourrait appeler "le centre", ne doit pas être perturbé ou dérangé, même si c'est au profit d'un élève. Ça mène parfois à des conséquences catastrophiques.

Avant de venir au Japon, je conaissais le concept du groupe, mais je demandais comment est-ce que les Japonais apprenaient ce concept, qui est si différent de l'hyper-individualisme occidental. D'après ce que j'ai vu au primaire, le cheminement psychologique est parfaitement logique et enfin je comprends comment ils en arrivent là.

C'est ça que je voulais partager avec vous aujourd'hui.